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Etre famille d’accueil pour élèves chiens guides : entretien avec Annie Sargent

Etre famille d’accueil pour élèves chiens guides : entretien avec Annie Sargent

A l’occasion de la 6e Semaine Nationale du Chien Guide qui se tient du 17 au 22 septembre, Anipassion accueille Annie Sargent pour parler de son expérience en tant que famille d’accueil pour élèves chiens guides.

Pour en savoir plus sur les chiens guides, leur mission extraordinaire et  le quotidien d’une famille d’accueil pour chien guide, découvrez le site Elevechienguide.com et la page Facebook « Elève chien guide » d’Annie Sargent.

 

Bonjour Annie et bienvenue sur Anipassion !

Comment votre famille est-elle devenue famille d’accueil pour élèves chiens guides ?

Ça fait longtemps que j’avais envie de le faire sans pouvoir à cause de mes obligations professionnelles, mais quand j’ai commencé à travailler depuis mon bureau à la maison c’est devenu possible. Une amie au club de basket de ma fille m’en a parlé et j’ai appelé pour prendre contact. 15 jours plus tard une éducatrice est venue nous rencontrer, et 8 semaines plus tard nous avions notre premier chiot, Igor, à la maison.

chiot élève chien guide

Image : Igor, élève chien guide, le jours de son arrivée dans la famille d'accueil (8 semaines), Source : elevechienguide.com

 

Quand on est famille d’accueil pour un futur chien guide, comment est organisé le quotidien ?  Qu’est-ce que l’école des chiens guides attend de vous ?

Tout dépend de l’âge du chien. Tout petits (2 mois à 4 mois) on surveille beaucoup car il faut enseigner la propreté qui est généralement bien établie entre 5 et 6 mois. On doit aller rencontrer l’éducatrice une fois par semaine pour aller en ville, prendre le métro ensemble pour la première fois, prendre l’escalator pour la première fois, etc. On peut aussi commencer à amener le chiot dans les lieux publics (magasins, marché, etc.), quoi que personnellement maintenant que j’ai plus l’habitude j’attends un peu pour ça.

Il faut passer beaucoup de temps à jouer, laisser le chiot gambader dans la nature sans laisse, faire sa vie de petit chien. C’est important de ne pas laisser le chiot courser les chats ou les cyclistes.

Il faut aussi lui apprendre les commandes de base : assis, couché, viens, à ta place, etc. Chaque semaine l’éducatrice va remarquer sur quoi on doit travailler. Fais attention au rappel. Une autre semaine elle demandera qu’on fasse attention à la commande « ta place », il y a une longue liste, mais l’éducatrice est toujours là pour nous montrer comment faire et répondre aux questions qu’on a quand on est pas un pro du chien. Un chiot entre 4 et 5 mois c’est un boulot à temps complet. Il faut toujours les avoir à l’œil.

Au fur et à mesure que le chiot grandit, on peut lui faire plus confiance, sortir plus, l’amener au concert (musique classique, il ne faudrait pas qu’il devienne sourd dans un concert de rock !), au cinéma, au restaurant, partout où l’on va en famille. Je ne prends jamais le bus et le métro dans ma vie de tous les jours, et je vais rarement en ville. Mais quand j’ai un chiot je prends le bus, le métro, le tram, je vais au café en ville, je lui apprends aussi à m’attendre sagement pendant que je travaille à mon ordinateur.

Entre 6 et 12 mois, le chien commence à passer plus de temps à l’école, le plus gros du boulot est fait, il faut maintenant le conduire à l’école pour des séjours d’une ou deux nuits, puis ça s’allonge, jusqu’à ce que le chien, à 12 mois, « entre en éducation » ce qui veut dire qu’il sera à l’école tous les jours du lundi au vendredi et qu’on ne le récupère que le week-end. Les chiens en éducation dorment beaucoup le week-end, l’école les épuise !

Igor chien guide d'aveugle

 

Nous savons qu’on vous pose souvent cette question, mais elle semble inévitable pour comprendre votre mission : comment faites-vous pour gérer la séparation le moment venu ?

Pour moi c’est simple, j’ai fait tout pour rester en contact avec le futur maître. J’ai des nouvelles régulièrement par Facebook, par téléphone, et j’invite Nicolas et Igor chez nous plusieurs fois par an car nous sommes devenus amis.

J’aurais eu beaucoup de mal à supporter de ne pas avoir de contact du tout. L’éducatrice le savait, elle a donc présenté le fait que je suis très impliquée de façon positive et ça a marché ! Pour le chien précédent de Nicolas, il n’avait eu aucun contact avec la famille d’accueil à part lors de la remise officielle, et il est content  que je sois présente dans la vie du chien. Il sait qu’il peut me laisser Igor s’il part faire du tandem ou autre et je lui ai dit plusieurs fois que le jour où Igor prend sa retraite, j’espère qu’il revienne vivre avec nous.

Igor guide son maître

Image : Igor guide son maître Nicolas, Source : elevechienguide.com

 

En accueillant votre premier pensionnaire Igor, vous avez créé un site – Elevechienguide.com – pour raconter en détail votre aventure.  Vous animez également la page Facebook « Elève chien guide » pour donner des nouvelles de vos protégés.  Communiquer sur votre expérience, c’est important pour vous ?  

Ma motivation première était un peu différente, je voulais apprendre à utiliser Wordpress et Facebook, mais je me suis prise au jeu et j’ai continué!

 

Vous avez beaucoup souligné sur votre blog que vous êtes bénévole à l’Ecole de chiens  guides de Toulouse, vous avez fait beaucoup de rencontres fantastiques.  Pouvez-vous nous en parler un peu ?

C’est difficile de donner des détails sans oublier quelqu’un, donc je vais rester vague. Mais les bénévoles de longue date sont des gens que j’apprécie beaucoup. Ils ont gardé me chiots quand je suis partie en vacances et j’ai gardé les leurs. La plupart d’entre eux ont plus d’expérience que moi et donc je suis friande de leurs conseils. Nous partageons l’amour des chiens et des chiens guides en particulier. Nous avons nos listes de restaurants et magasins où nous savons que les élèves chien guide sont les bienvenus et nous en parlons, nous parlons des chiens qui travaillent, on a toujours des choses à partager.

 

Votre deuxième pensionnaire Massaï a été reformé pour cause d’épilepsie et ne pourra finalement pas être chien guide. Comment avez-vous réagi à cette nouvelle?

Disons que je n’ai pas été surprise. Dès 7 ou 8 mois c’était bien clair qu’il ne serait pas en mesure de guider. L’école a dû attendre d’avoir tous les résultats médicaux avant de décider officiellement, mais je le savais depuis longtemps. Ce qui m’importait c’était de trouver une super famille pour l’adopter et j’ai eu de la chance, Lynda et Simon sont les parents adoptifs parfaits et Massaï est un chien heureux dans sa nouvelle vie !

Massaï, élève chien guide

Image : Massaï, élève chien guide avant sa reformation

 

Vous avez récemment gardé Mao, un futur chien guide, pendant que sa famille d’accueil était partie en vacances.   Est-ce que vous allez accueillir un nouvel élève chiot prochainement ?

Oui. J’ai dû faire une pause parce que mon mari n’est pas très chien et il a demandé une pause. Mais il sait que ça ne va pas durer, je vais craquer tôt ou tard ! Entre nous, j’ai beaucoup de chance d’avoir un mari qui n’est pas un grand fan des chiens (s’il vivait seul il n’aurait que des chats) mais qui fait avec toutes les bêtises des chiots !

 

Etre famille d’accueil pour un chien élève guide d’aveugle c’est aider à un chiot à apprendre un des plus beaux métiers du monde.  Qu’est-ce que cela vous a permis d’apprendre à votre tour  – sur la vie, sur vous-même, sur les relations avec les animaux et les humains ?

J’ai appris à connaitre des personnes non-voyantes et mal-voyantes. J’ai honte de l’admettre, mais je n’avais jamais parlé à une personne qui souffre d’un handicap visuel. Je regardais le travail des chien guides de loin, mais sans jamais parler à l’humain à l’autre bout de la laisse. Maintenant je sais m’y prendre, je n’ai plus « peur » des aveugles. Je pense à eux comme la personne qui adore le vélo, ou la femme qui lit un livre par semaine, ou celui qui marche plus vite en ville que moi bien qu’il est totalement aveugle ! Je vois tout ce qu’ils peuvent faire au lieu de ce qu’ils ne peuvent pas faire.

Être en contact avec les éducateurs est très enrichissant aussi, j’admire leur travail et leur courage. Il faut du courage pour travailler dehors tous les jours quoi qu’il arrive !

 

Devenir famille d’accueil n’est pas un choix qui se fait à la légère. Peut-être quelqu’un qui essaye de prendre sa décision est en train de vous lire – qu’est-ce que vous voudriez lui dire ?

Essayez, si ça se passe mal il suffit de rendre le chiot à l’école et c’est terminé. Mais si ça se passe bien, vous risquez de choper le virus !

 

Sur votre page Facebook, vous avez dit qu’un jour vous adopteriez des chiens guides à la retraite. C’est un projet déjà bien réfléchi ?

 

Absolument ! Et le premier sera Igor, mais pas le dernier j’en suis sûre. Les chiens guides en activité ont tout mon respect. Ils ont le droit à  une belle retraite pleine de câlins, de jeux, de promenades en liberté et le confort d’un bon lit et de bons soins vétérinaires. Je peux leur donner tout ça, donc oui, je vais le faire. Et puis ce sont les chiens les plus faciles du monde. Ils ont travaillé toute leur vie à répondre aux besoins des humains !

Chien guide d'aveugles


Commentaires

24 Septembre 2017
Bravo pour ton témoignage, je suis très admirative de ce que tu fais. C'est fabuleux d'aider ainsi des gens qui en ont besoin. Personnellement, je pense que je n'aurai pas le cran que tu as pour laisser repartir ce chiot.Je pense que cela doit être déchirant de s'en séparer, même si psychologiquement tu te prépares dès le début à cela.Je sais pour avoir vu des reportages, le travail énorme et l'investissement personnel qu tu as du fournir. Toutes mes félicitations pour ton dévouement.Bravo pour ton témoignage, je suis très admirative de ce que tu fais. C'est fabuleux d'aider ainsi des gens qui en ont besoin. Personnellement, je pense que je n'aurai pas le cran que tu as pour laiss...Voir plus
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