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Equi Faculty : "...Changer notre approche de l’équitation et de l’éducation du cheval"

Equi Faculty :

AniPassion accueille aujourd’hui Sasha Goldman,  intervenante en comportement animal, aux facettes et projets multiples. En effet, fondatrice de 3 projets dans le domaine du comportement animal - Equi Faculty, Dog Faculty et Forma Zoo, - Sasha sait travailler avec des espèces d’animaux variées: animaux domestiques, équidés et faune sauvage.

Nous avons décidé d’interroger Sasha avant tout sur ses activités en rapport avec les équidés, mais également sur les liens entre l’éducation équine et l’éducation canine, et sur sa vision de l’éducation positive en générale.   

 

Anipassion : Bonjour Sasha, pourriez-vous présenter à nos lecteurs votre travail d’intervenante en comportement équin en quelques mots ?

 

Sasha Goldman : Mon travail va viser l’éducation ou la rééducation des équidés, quel que soit le problème, la race, l’âge ou le sexe de l’animal. Cela peut aller d’un problème de montoir, à une difficulté à pratiquer les soins, en passant par un refus d’embarquer en van/camion ou même la gestion des tics (tic à l’appui, à l’ours, etc…) ! Bref, un peu de tout !

 

Dans votre démarche d’éduquer et entrainer un cheval de manière positive, qu’est-ce qui est essentiel pour vous ?

 

Avant d’être intervenante en comportement animal, je suis moi-même propriétaire de différents animaux. Et, pour eux, j’apprécie d’avoir à faire à des professionnels qui ont une approche globale de l’animal donc c’est exactement ce que j’essaye de faire dans mon travail également. Cela veut dire que, par exemple, je ne vais pas travailler un problème de montoir avec un cheval sans m’intéresser à son historique vétérinaire ainsi qu’ostéopathique et me pencher sur un problème de saddle fitting. Je n’ai pas ces compétences-là mais je m’assure de m’entourer d’autres personnes qui les ont pour pouvoir démarrer un travail cohérent.

 

En quoi le clicker-training pour les chevaux est différent du clicker-training pour les chiens ?

 

L’outil, les principes d’apprentissage et la technique sont exactement les mêmes !

La différence notable dans l’utilisation du clicker avec les chevaux par rapport à son utilisation avec les chiens réside dans l’introduction de cette approche vis-à-vis de l’animal. Car, avec un cheval, les impératifs de sécurité ne sont absolument pas les mêmes et c’est avant tout la sécurité de chacun qu’il faut préserver. L’utilisation du clicker et de la nourriture étant extrêmement motivant pour les chevaux, il faut s’assurer de faire un apprentissage de base et obligatoire qui est celui de ne JAMAIS venir chercher la récompense sur l’humain. La première chose que l’on va apprendre à un cheval va donc être de tourner la tête légèrement à l’opposé de l’humain qui se tient près de lui ou à toujours rester droit. Bref, à ne jamais nous bousculer pour obtenir la récompense. Car c’est là que l’on s’exposer à un danger réel puisqu’un animal de 500 kilos qui vous pousse ne fait pas le même effet qu’un Caniche !

 

Combien de séances de travail avec un cheval faut-il au minimum pour avoir des résultats significatifs ? 

 

Il n’existe pas de bonne réponse à cette question ! Les paramètres déterminants cela sont tellement nombreux… Chaque cheval est différent, ainsi que son environnement et l’investissement de son propriétaire donc le résultat dépendra de cela !

 

Un des services que vous proposez en tant d’intervenante en comportement équin est d’intervenir auprès des chevaux  stressés ou peureux. Pourriez-vous expliquer à nos lecteurs comment vous arrivez à aider les chevaux et leurs propriétaires à gérer ce genre de situations ?

 

Déjà, avant de démarrer un entrainement quelconque, nous faisons le tour de tout ce qui constitue l’environnement du cheval : ses conditions de vie, son alimentation, sa santé, son histoire, etc… Quelle est cette peur ? D’où vient-elle ? Puis nous évaluons ensemble la demande du propriétaire et réfléchissons à des objectifs à atteindre en mettant tout en œuvre pour augmenter le niveau de bien-être de l’animal et en respectant le rythme de chacun.

Equi Faculty

 

Le 2 et 3 juillet vous proposez un stage de 2 jours pour donner à tous ceux qui le souhaitent  les bases théoriques et pratiques du clicker-training avec les chevaux.  Le stage aura lieu au domaine de la Poiluchette à Crucey-Villages,  à 1 heure 30 de Paris.  Comment un tel stage se déroule-il ?

 

Le but de ce stage est de permettre à chacun, amateur ou professionnel, de découvrir le clicker training et son application avec les équidés. Il y a donc une partie théorique pour bien saisir les tenants et les aboutissants de cet outil mais surtout les lois de l’apprentissage ! C’est également un stage qui se veut très orienté vers la pratique car je suis intimement convaincue que lire et discuter c’est essentiel mais inutile sans mise en pratique ! Des places sont disponibles pour que les stagiaires puissent venir avec leur propre cheval et, ainsi, travailler vraiment dans le cœur du sujet. Mais, pour tous ceux qui ne pourraient pas venir avec leur équidé, nous en fournissons un ! Différents ânes, chevaux et poneys seront présents sur le site pour nous permettre d’entrainer des individus et des problématiques variés.

 

Educateur canin professionnelle au départ, vous avez fait une formation pour pouvoir également travailler avec les chevaux. On peut imaginer qu’associer ces deux expériences est extrêmement enrichissant.  Or ce parcours n’est pas courant. Racontez-nous un peu cette expérience…

 

A vrai dire, les choses n’étaient pas vraiment préméditées !

J’ai participé à la Formation Longue de Jacinthe Bouchard qui a été donnée en France en 2014. Orientée sur le chien, cette formation devait m’apporter énormément dans mon métier d’éducateur canin mais, au fur et à mesure que les semaines passaient, j’ai réalisé à quel point tout ce que nous apprenions des animaux étaient éloigné de ce que je faisais depuis des années avec les chevaux… eux qui ont toujours été ma première passion, je me rendais compte de la maltraitance silencieuse qu’ils subissent quotidiennement.

Suite à cette prise de conscience, j’ai eu la chance de continuer à être formée par Jacinthe auprès des chevaux puis, de travailler avec ses chevaux au Canada pendant mes deux voyages là-bas. C’est au fur et à mesure de toutes ces magnifiques expériences que j’ai commencé à travailler avec les chevaux et que je le fais désormais régulièrement, que ce soit avec le mien ou avec ceux des personnes qui me font confiance pour les accompagner dans la résolution de leurs problèmes.

 

Qu’est-ce qui est difficile dans le passage de l’éducation canine à l’éducation des équidés ?

 

Personnellement, ce n’est pas difficile pour moi car j’ai toujours été en contact avec les deux espèces, je vis avec au quotidien et ce sont des animaux qui m’habitent tous les jours. Mais je pense qu’il y a réellement ce facteur de sécurité à prendre en compte avec le cheval - qui est tout de même moins présent dans le rapport au chien – et qui est quelque chose à toujours garder en tête, dans toutes les interactions que nous avons avec ces animaux.

 

Est-ce que les séances avec les chevaux vous apprennent parfois  quelque chose qui peut être appliqué dans le travail avec les chiens et vice versa ?  Avez-vous des exemples ?

 

Chaque séance avec chacune des deux espèces m’apprend énormément et j’essaye de toujours prendre du recul pour pouvoir aborder la prochaine interaction avec de nouveaux éléments.

L’une des dernières choses dont j’ai pris conscience c’est de l’évolution de ma gestion de la longe lorsque je suis avec mon poulain, grâce à tout le travail en longe que j’effectue avec les chiens, tous les jours.

Il y a quelques années, la longe n’était pas un outil que j’utilisais beaucoup, que ce soit en éducation canine ou avec les chevaux. Depuis un certain temps, c’est un outil qui est devenu omniprésent dans ma communication avec ces animaux et je m’aperçois que ma façon de l’utiliser avec les chiens influence beaucoup son utilisation avec le cheval : moins de tension, plus de dosage, de subtilité… Ce qui était un simple outil de guide ou d’entrave est devenu un vrai canal de communication.

 

Vous avez  vous-mêmes des chiens qui vous accompagnent dans vos formations … Combien de chiens avez-vous ?  Il paraît qu’ils ont tous des caractères très différents…

 

Je suis l’heureuse propriétaire de 5 chiens qui m’accompagnent, effectivement, un peu partout.

Ils sont aussi nombreux que différents et c’est une grande richesse pour moi de partager ma vie ainsi que mon travail avec des individus aussi complexes, beaux et uniques. 

Sasha Goldman avec ses chiens

 

Dans vos articles publiés sur votre blog, vous parlez du « mythe du chien parfait » et appelez  à « aimer nos chiens, pas l’idée qu’on s’en fait ». On voit bien que cette idée vous tient au cœur. Pourriez-vous nous en parler un peu ?

 

Lorsque j’ai pris mon Berger Allemand, Jarod, j’ai fait la monumentale erreur de vouloir « modeler » l’individu qu’il allait devenir. J’avais de grandes attentes et de grands projets pour lui, j’ai placé beaucoup d’ambition dans ce chien. Cela a été une erreur car, en le regardant, je ne voyais pas le chien qu’il était réellement mais celui que je voulais le voir devenir. Et je suis passée à côté de mon chien, tout en faisant des erreurs qui lui ont valu – et lui valent encore ! – de belles frayeurs…

J’ai eu la chance de tomber sur des confrères et consœurs qui m’ont ouvert les yeux et permis de réaliser mes erreurs, mais je continue de travailler chaque jour pour regagner la confiance de mon chien, pour tisser notre lien. C’est un ensemble d’erreurs que je regrette et essaye de réparer chaque jour donc je m’attache à ce que mes clients et mes proches ne commettent pas les mêmes que moi.

Nos chiens sont uniques. Chacun d’entre eux est merveilleux et a quelque chose à nous apporter. Pas forcément la chose que l’on attend ou celle que l’on espère donc il ne faut jamais rien attendre ou espérer. Il faut juste profiter et essayer de vivre ensemble dans le moment présent, en ayant conscience de qui est cet individu qui marche à côté de nous, réellement.

 

Est-ce que ce principe est  aussi applicable dans les relations de l’homme avec le cheval ?

 

Bien sûr ! Je dirai d’ailleurs qu’il est encore plus important que cette prise de conscience ait lieu chez les cavaliers car le cheval est avant tout un compagnon de sport. On le sélectionne, on le choisit, on l’achète souvent dans un but bien précis. Et l’on se demande assez peu si tout cela convient bien à notre cheval. Pas seulement à son physique ou ses capacités mais aussi à son tempérament, à ses préférences.

Si ça ne « match » pas, combien de chevaux sont revendus ? Replacés ?

Nous devrions aimer nos animaux pour ce qu’ils sont réellement et profondément, et non pour leur capacité à remplir le rôle que l’on leur a arbitrairement fixé.

aimer et respecter nos animaux

 

Aujourd’hui on parle beaucoup des méthodes positives dans l’éducation d’animaux domestiques.  Il y a aussi des sceptiques, bien évidemment. Pensez-vous qu’il y a des malentendus ou de l’incompréhension face aux idées clés de l’éducation positive qui empêchent un plus grand nombre de gens à adhérer à ces principes ?  

 

Je pense que des décennies d’éducation canine issue de principes militaires ont très nettement entamé l’esprit de réflexion des propriétaires de chiens mais que tout ceci change, progressivement.

Je pense également que ceux qui rejettent des principes éducatifs qui ne sont pas basés sur des méthodes coercitives n’ont pas une réelle volonté de fonctionner différemment avec leur animal et qu’il est plus facile d’envoyer balader ce que l’on ne comprend pas que de se remettre un peu en question…

C’est pour cela qu’il est important que les méthodes respectueuses de l’intégrité physique et morale des animaux ainsi que leurs « pratiquants » répandent « la bonne parole » car il ne sert à rien de vouloir convaincre des personnes qui ne le souhaitent pas. Il vaut mieux se focaliser sur celles qui sont ouvertes et disposées à envisager les choses différemment de leur point de vue initial.

 

Quels sont vos prochains projets dans le domaine d’éducation équine et canine ?

 

Continuer !

J’aime profondément ce que je fais donc j’espère que je pourrai continuer à le faire encore très longtemps et que j’aurai la chance de développer Equi Faculty, car c’est vraiment un projet qui me tient beaucoup à cœur.

Le cheval est un animal si merveilleux que j’aimerai pouvoir travailler avec de plus en plus de propriétaires, afin de changer notre approche de l’équitation et de l’éducation du cheval, d’être plus respectueux de cet animal que l’on comprend encore beaucoup trop mal.

 

Equi Faculty

Sasha Goldman, Fondatrice
Intervenant en Comportement Animal

+33 (0)6.70.46.44.62

contact@equifaculty.com

24 rue Jean Nicot
75007 PARIS, France


Commentaires

27 Juin 2016
Très bon article.
On peut ainsi apprendre pleins de choses sur la relation homme-cheval.
Félicitations !
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Article

Par Dinah
Ajouté 24 Juin 2016

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