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2026 : l’année qui pourrait sauver le kākāpō, l’oiseau en danger critique

2026 : l’année qui pourrait sauver le kākāpō, l’oiseau en danger critique

Le 14 février 2026, sur l’île de Pukenui/Anchor Island, un œuf de kākāpō a éclos. Il s’agit d’une naissance importante pour le programme de conservation de l’espèce, dont la reproduction reste rare et étroitement encadrée. Ce poussin — né le jour de la Saint-Valentin — pourrait être le premier d’une série attendue depuis quatre ans.

Le personnel du Department of Conservation (DOC) ne cache pas son enthousiasme. « Nous sommes absolument ravis d’accueillir le premier poussin de kākāpō, marquant le début, nous l’espérons, d’une saison de reproduction exceptionnelle », a déclaré Mike Roan, directeur général de Meridian Energy, partenaire du programme. Mais derrière cette joie, un constat demeure : chaque naissance compte, car l’espèce reste en danger critique d’extinction.

kākāpō naissance

 

Qu’est-ce qui rend le kākāpō si exceptionnel… et si vulnérable ?

 

Le kākāpō (Strigops habroptilus) est un perroquet nocturne incapable de voler, endémique de Nouvelle-Zélande. Il vit au sol, grimpe aux arbres grâce à ses pattes puissantes et peut atteindre près de 4 kg — ce qui en fait le perroquet le plus lourd du monde. Son plumage vert moucheté lui permet de se fondre dans la végétation forestière.

Mais cette évolution sans prédateurs mammifères s’est retournée contre lui. L’arrivée des humains, puis des rats, hermines et chats introduits, a provoqué un effondrement dramatique de la population. En 1995, il ne restait que 51 individus, dont 20 femelles capables de se reproduire.

« La population de kākāpō est tombée un jour à seulement 51 individus, ce qui a créé un goulot d’étranglement génétique que nous devons encore gérer aujourd’hui », rappelle Deidre Vercoe, responsable des opérations pour le programme kākāpō/takahē au DOC.

Aujourd’hui, la population atteint environ 236 adultes — un progrès fragile, fruit de trois décennies d’efforts intensifs.

kākāpō reproduction

 

Pourquoi les kākāpō ne se reproduisent-ils pas chaque année ?

 

Contrairement à la plupart des oiseaux, les kākāpō ne nichent que lorsque les conditions alimentaires sont exceptionnellement favorables. Leur reproduction dépend presque entièrement d’un phénomène appelé mast year : la fructification massive du rimu, un arbre indigène néo-zélandais.

Les femelles élèvent seules leurs petits pendant plusieurs mois. Elles ont donc besoin d’une abondance stable de fruits riches en nutriments. Sans cela, elles ne tentent même pas de nicher.

Après quatre saisons calmes, 2026 correspond à une année de fructification exceptionnelle. Les arbres ont produit une quantité inhabituelle de fruits, déclenchant une activité reproductive sur plusieurs îles sanctuaires.

« Ces trésors vivants exceptionnellement rares ne se reproduisent que tous les deux à quatre ans ; il s’écoule donc beaucoup de temps entre deux poussins. Cette saison, nous avons plus d’oiseaux en âge de se reproduire que jamais auparavant », explique Deidre Vercoe.

Autrement dit : la fenêtre est rare, et elle pourrait ne pas se représenter avant plusieurs années.

kākāpō femelle

 

Combien de poussins peut-on espérer cette année ?

 

À ce stade de la saison, 187 œufs ont été recensés, dont 74 sont fertiles. Tous n’écloront pas, et tous les poussins ne survivront pas jusqu’à l’envol. Le premier né, issu biologiquement de Tīwhiri mais élevé par la femelle expérimentée Yasmine, ne sera officiellement comptabilisé que lorsqu’il aura quitté le nid.

Le transfert d’œufs entre femelles fait partie des stratégies mises en place pour améliorer le succès reproducteur. « Les mères kākāpō obtiennent généralement les meilleurs résultats lorsqu’elles élèvent un maximum de deux poussins », précise Vercoe.

Chaque décision est guidée par un impératif génétique. Le DOC priorise « les œufs et les poussins dont les lignées sont les moins représentées dans le patrimoine génétique », afin de limiter les effets du goulot d’étranglement génétique.

kākāpō oiseau en danger critique

 

Peut-on parler d’une espèce “sous assistance permanente” ?

 

Probablement oui. Les kākāpō sont considérés comme l’une des espèces les plus intensivement gérées au monde. Chaque individu porte un petit émetteur radio permettant de suivre ses déplacements et son activité. Les nids sont surveillés, les œufs parfois incubés artificiellement, les poussins examinés régulièrement.

Pourtant, l’objectif à long terme est paradoxal : intervenir moins. L’équipe adopte une approche plus « hands-off » pour certains œufs, afin de mieux comprendre à quoi pourrait ressembler une reproduction plus naturelle.

 

Et le public dans tout cela ?

 

Depuis 2022, la « Kākāpō Cam » permet d’observer en direct un nid sur Whenua Hou/Codfish Island. Cette année encore, une femelle nommée Rakiura couve deux œufs. Si tout se passe bien, les internautes pourraient assister en direct à une éclosion — peut-être une première mondiale pour une espèce aussi rare. 

« Même s’il est merveilleux de voir les oiseaux prospérer sur cette île grâce à son statut sans prédateurs, nous devons poursuivre nos efforts collectifs pour créer d’autres refuges sûrs pour les poussins de demain », rappelle Tāne Davis, représentant du DOC sur le programme de sauvegarde du kākāpō.

L’un des objectifs à long terme serait de réintroduire l’espèce dans son habitat historique, notamment à Rakiura/Stewart Island, dans le cadre des efforts “Predator Free”.

 

2026 sera-t-elle une année charnière ?

 

Avec davantage d’oiseaux en âge de se reproduire que jamais auparavant, une fructification exceptionnelle du rimu et près de 200 œufs recensés, 2026 pourrait devenir une année record.

« Maintenant que la saison de reproduction est officiellement lancée, nous nous attendons à plus d’accouplements au cours du mois à venir, et nous nous préparons à ce qui pourrait être la plus grande saison de reproduction depuis le début du programme il y a 30 ans. », a déclaré Deidre Vercoe, selon le magazine People

Mais rien n’est garanti. Le succès dépendra du taux d’éclosion, de la survie des poussins et de leur capacité à atteindre l’âge adulte. Chaque saison de reproduction est une course contre le temps — et contre l’histoire génétique d’une espèce qui a frôlé l’extinction.

Si plusieurs dizaines de poussins parviennent à l’envol, 2026 pourrait marquer un tournant décisif dans le lent redressement du kākāpō. Sinon, il faudra attendre la prochaine fructification massive du rimu, dans deux, trois ou quatre ans.

Pour un oiseau qui peut vivre jusqu’à 90 ans mais ne se reproduit que quelques fois dans sa vie, le temps n’a jamais été un détail. En 2026, il est tout simplement crucial.

kākāpō

Crédit photos : page Facebook de DOC's Kākāpō Recovery Programme


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